Dimanche 22 janvier 2012 7 22 /01 /Jan /2012 21:12

Ce qui frappe d’abord à la lecture du livre de Jonas et de l’évangile de Marc c’est l’empressement : le mot « aussitôt » revient dans les deux textes : « Aussitôt, les gens de Ninive crurent en Dieu » ; « aussitôt, laissant là leurs filets, ils le suivirent ». Or l’épître de Paul aux Corinthiens donne une clé de cette urgence : « frères, je dois vous le dire, le temps est limité ». Dès lors, en effet que le temps est limité, il n’y a pas de temps à perdre.

Il n’est pas inutile de replacer ces lignes dans leur contexte. L’épître aux Corinthiens, l’un des plus anciens textes du Nouveau Testament, daterait de l’an 56. Le retour du Christ à la fin des temps était alors attendu dans un délai très proche par les premiers chrétiens et c’est au regard de cette attente impatiente qu’il faut entendre que le temps est limité. Faut-il pour autant considérer ce texte comme dépassé, décalé ? Si la liturgie nous le donne à entendre, on peut supposer que non.

Le caractère immédiat, radical, de la conversion manifestée dans les deux autres textes, peut aussi nous sembler loin de nous. Tout laisser pour suivre le Christ, dans nos représentations, n’est-ce pas l’apanage des religieuses et des religieux ? Et si parfois dans nos communautés, la ferveur des nouveaux convertis nous bouscule, la plupart d’entre nous n’ont sans doute pas de souvenir d’une conversion brutale.

C’est précisément là que la seconde lecture, avec son « comme si » vient nous interroger : ceux qui n’ont pas tout quitté, sont invités à vivre « comme si » ils avaient tout laissé derrière eux pour suivre le Christ. Nous pourrions tirer quelque profit à nous demander en cette période des soldes si nous faisons des achats « comme si nous ne possédions rien » ? Mais cette lecture nous choque par le début : « que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’avaient pas de femme ». Et il est sûr que si nous entendons là que la femme est mise au rang des choses matérielles dont il faudrait se détacher, ce texte est irrecevable.

 Mais la liturgie nous invite à entendre ce texte de Paul à la lumière de l’évangile du jour : « Laissant là leurs filets, ils le suivirent ». C’est l’invitation de ce « comme si » de l’épître : Paul ne dit pas qu’ils fassent comme si, mais bien qu’ils soient comme si. Quand ceux qui ont une épouse font comme s’ils n’en avaient pas, c’est plutôt la source de grands désordres. Ici, il s’agit de suivre le Christ dans la situation où nous sommes, de la vivre pleinement, mais aussi légers et désencombrés, sans obstacle sur notre route que si nous avions tout quitté pour le suivre.

Ainsi quand après l’annonce de la Passion, dans l’Evangile de Matthieu, Pierre dit à Jésus : « Dieu t’en garde, cela ne t’arrivera pas », Jésus lui répond : « passe derrière-moi Satan, tu es un obstacle sur ma route, tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ». Pierre se pose comme un obstacle sur la route de Jésus dans l’obéissance au Père. La question que nous pouvons tous nous poser, c’est : qu’est-ce donc qui est pour moi un obstacle sur ma route à la suite du Christ ? Car il est au moins aussi difficile de suivre le Christ en vivant « comme si » nous avions tout quitté, que de tout quitter effectivement. N’imaginons pas en effet que l’Eglise serait partagée entre des chrétiens appelés à tout quitter pour suivre le Christ et d’autres qui resteraient là à les regarder partir avec admiration. Car nous avons tous reçu cet appel. La question fondamentale que chacune, chacun de nous, adulte, jeune, enfant, peut se poser est donc celle de l’appel:

Quel appel ai-je entendu dans ma vie ?

Quel appel j’entends aujourd’hui ?

Qui m’appelle ?

Quelle liberté est-ce que je cultive pour y répondre ? Car si je ne gère pas mes attachements de façon à être libre, je serai comme le jeune homme riche qui repart tout triste après avoir entendu un appel auquel il n’est pas libre de répondre.

Car il y a de la joie et du bonheur à être appelé, c’est une parole qui structure notre vie, l’oriente et y met du sens.

Enfin, en cette semaine de l’unité des chrétiens, mesurons que c’est aussi de réaliser que nous sommes convoqués par un même appel qui fonde l’Eglise et peut permettre d’avancer vers l’unité.

Par Bruno LACHNITT - Publié dans : Homélies - Communauté : Praedicatho.com
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Dimanche 11 décembre 2011 7 11 /12 /Déc /2011 21:35

La fin du texte de l’épître aux Thessaloniciens que nous avons entendue en deuxième lecture : «Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entiers, et qu'il garde parfaits et sans reproche votre esprit, votre âme et votre corps, pour la venue de notre Seigneur Jésus Christ » sert de charte au diocèse pour le triennium « servir l’homme tout entier ». C’est pourquoi je vous renvoie à la lettre pastorale de notre évêque : « l’Eglise est une servante », au début de laquelle il en fait un long commentaire. Je m’arrêterai plutôt sur la première phrase du texte « Frères, soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance : c'est ce que Dieu attend de vous dans le Christ Jésus ». Elle renvoie au nom donné à ce dimanche : de Gaudete. Il s’agit de se réjouir aujourd’hui et c’est bien ce qui m’arrête. Comment parler de joie à celles et ceux qui sont abandonnés, trahis, humiliés ? Comment parler de joie dans cette attente inquiète d’une crise dont on ne sait plus si on en subit les contrecoups ou si on n’en voit que les prémices ? Quelle est l’attente qui nous habite, les uns et les autres en cet automne 2011 ? L’année à venir est-elle celle de toutes les espérances ou de tous les dangers. Qu’est-ce que ce Noël prochain peut signifier en ces temps incertains ?

Le peuple qui était venu auprès de Jean-Baptiste était en attente, nous dit l’évangile de Luc[1]. Dans ce petit pays occupé par les romains, le peuple attendait avec le Messie, la libération d’Israël, le début du livre des Actes l’atteste : « Est-ce maintenant que tu vas rétablir la royauté en Israël ?» demandent les apôtres au ressuscité. Soyons donc déjà sans inquiétude si notre attente est décalée au regard de la promesse qui nous est faite. Nous ne sommes ni les premiers ni les derniers. Mais la joie ? Passerons-nous à côté ?

La figure de Jean-Baptiste nous est encore proposée ce dimanche pour nourrir notre attente. Dans l’évangile que nous venons d’entendre, Jean est interrogé sur son identité, les officiels de Jérusalem descendent en quelque sorte pour vérifier ses papiers. Ce qui est frappant dans sa réponse, c’est d’abord qu’il la décline en creux, son identité ; il la décline comme on décline une invitation : il déclare ce qu’il n’est pas, pour éviter toute méprise. Et quand enfin il est sommé d’affirmer quelque chose sur lui-même, sa réponse n’est pas centrée sur lui, sur une image de lui-même comme quand nous nous mettons en scène dans un rôle qui nous met en valeur. Il ne dit que la fonction qu’il exerce au service d’un autre vers qui sa réponse oriente. Jean le Baptiste n’est pas encombré de lui-même. Ailleurs au chapitre 3 de Luc on l’entend dire : « L'époux, c'est celui à qui l'épouse appartient ; quant à l'ami de l'époux, il se tient là, il entend la voix de l'époux, et il en est tout joyeux. C'est ma joie, et j'en suis comblé. Lui, il faut qu'il grandisse ; et moi, que je diminue ».

N’est-ce pas là le secret de la joie à laquelle nous sommes invités par Paul, cette joie qui ne tient pas à des circonstances favorables, cette joie qui est entièrement orientée vers Celui que nous attendons. « N'éteignez pas l'Esprit », enchaîne Paul, ce même Esprit dont Isaïe dit qu’il l'a « envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux prisonniers la délivrance et aux captifs la liberté, annoncer une année de bienfaits, accordée par le Seigneur ».

Il n’est pas sûr que l’année qui vient soit une année de bienfaits au sens où nous aimerions l’entendre, mais il dépend de nous que la bonne nouvelle soit annoncée aux pauvres. Lorsque Jésus lit cette parole dans la synagogue de Nazareth, au chapitre 4 de l’évangile de Luc, referme le livre et dit « aujourd’hui cette parole s’accomplit pour vous qui l’entendez », il n’annule pas pour autant comme par enchantement toutes les menaces, les bruits de bottes, ni l’oppression qui pèse sur ce petit peuple de Palestine. La joie à laquelle nous sommes invités n’est pas celle de la victoire, du moins pas au sens où nous en rêvons. « La joie de notre cœur vient de lui » dit le psaume 32, ou encore le livre de Néhémie : « La joie du Seigneur est notre rempart ». Cette joie ne dépend pas des événements, elle résiste au pire, elle est orientée tout entière vers Celui qui vient, et à la rencontre duquel nous sommes invités à nous préparer par cette voix qui crie dans le désert, nous préparer en nous désencombrant de nous-même, préparer sa route en nous pour naître à la joie et  fêter Noël plus légers.



[1] 3,15

Par Bruno LACHNITT - Publié dans : Homélies - Communauté : Praedicatho.com
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Dimanche 6 novembre 2011 7 06 /11 /Nov /2011 14:54

« Jésus parlait à ses disciples de sa venue » et l’épître de Paul évoque l’avènement du Christ à la fin des temps. Il n’est pas inintéressant de noter que cette première épître aux Thessaloniciens, qui leur aurait été adressée par Paul vers l’an 51 de notre ère, est le plus ancien texte du nouveau testament, écrit quelque vingt ans après l’événement de la mort et de la résurrection de Jésus. Les premiers chrétiens pensaient le retour définitif du Christ imminent, et trente à quarante ans plus tard lorsqu’est rédigé l’évangile attribué à Matthieu, cette attente ardente est déjà émoussée. Pour nous vingt siècles après, c’est encore différent. Quelle nourriture tirer pour nous aujourd’hui de ces textes que nous offre la liturgie ?

Les enfants avec qui nous les avons lus pour préparer la messe des scouts hier soir étaient choqués à la lecture de cette parabole : on nous répète tout le temps qu’il faut partager et là on nous raconte que les jeunes filles prévoyantes qui sont montrées en exemple ne partagent pas leur huile avec les autres ! Ce n’est pas très cohérent. Alors comme l’hypothèse de l’incohérence n’est pas la plus plausible, partons au contraire du postulat que c’est cohérent, et que donc ce qui est en cause ici ne peut pas être partagé, par nature. On peut partager ses biens, c’est même recommandé ; on peut partager son toit, son manteau, son savoir, son carnet d’adresses,… mais la relation à l’époux, qui est dans l’évangile la figure du Christ, est personnelle et je ne peux la désirer pour le compte d’un autre.

La deuxième lecture dit bien quelque chose de cet ordre : « il ne faut pas que vous soyez abattus comme les autres, qui n'ont pas d'espérance ». Pourquoi ? Si l’on passe la mise en scène avec l’archange, qui peut nous troubler et nous distraire de l’essentiel, qu’est-ce qui nous est promis ? Rien moins que la rencontre du Seigneur : « Ainsi, nous serons pour toujours avec le Seigneur » écrit Paul. La promesse d’éternité est de l’ordre de la relation avec le Christ. Si on n’en a rien à faire, c’est dommage, mais personne ne peut cultiver ce désir à votre place. C’est bien ce que nous dit cette parabole dont la pointe est du côté de la vigilance : « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure ».

Ce qui précède nous choque cependant : quand les autres jeunes filles arrivent à leur tour et disent : 'Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !', Il leur répond : 'Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas.' Nous nous faisons de la miséricorde de Dieu une image qui nous exonérerait de toute responsabilité. Nous pourrions faire n’importe quoi, il passerait l’éponge à l’arrivée. Dieu serait une espèce de cocu magnifique qu’on pourrait tromper à l’envi sans conséquence. Il est vrai que la lecture du livre du prophète Osée accrédite cette vision des choses : « Mon épouse infidèle, je vais la séduire, je vais l'entraîner jusqu'au désert, et je lui parlerai cœur à cœur » dit le Seigneur. Mais ici, face au risque de faire de la miséricorde divine un prétexte à notre insouciance, l’évangile vient aujourd’hui nous rappeler brutalement que nos choix ne sont pas sans conséquences.

Reste alors la première lecture du livre de la sagesse, où l’on peut voir aussi une figure du Christ dans l’Ancien Testament : « Elle se laisse aisément contempler par ceux qui l'aiment, elle se laisse trouver par ceux qui la cherchent ». Et même « elle devance leurs désirs en se montrant à eux la première ».  « Celui qui la cherche dès l'aurore ne se fatiguera pas », ce qui ne manque pas de rappeler la promesse de Jésus : « mon joug est doux et mon fardeau léger ».

La question fondamentale qui nous est posée, en écho au psaume 62 qui répondait à la première lecture, est donc : « de quoi notre âme a-t-elle soif ? ». Sommes-nous assoiffés de la rencontre de Dieu, le cherchons-nous dès l’aube, ou sommes-nous tellement encombrés de soucis divers que la promesse qui nous est donnée nous laisse de marbre ? Dieu a-t-il avec nous le rôle de la cananéenne, qui ramasse les miettes qui tombent de la table, comme les petits chiens ? La devise de Jeanne d’Arc : « Dieu premier servi » peut-elle s’appliquer à nos vies ? Personne ne peut répondre à notre place à cette question.

Cependant, « Dieu premier servi », qu’est-ce à dire ? Si servir Dieu revient souvent dans l’Ancien Testament, la seule fois qu’on trouve cette expression dans l’évangile, c’est pour nous dire que nous ne pouvons servir Dieu et l’Argent[1]. Et la seule fois où le Christ parle de Le servir, c’est pour dire : « Si quelqu'un veut me servir, qu'il me suive ». Et il dit: « le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir »[2], « je suis au milieu de vous comme celui qui sert »[3]. Ne serait-ce donc pas finalement le meilleur moyen d’aller à la rencontre de l’époux que de revêtir la tenue de service auprès de nos frères, cette aptitude à vivre la charité (et non pas à la « faire ») renvoyant encore chacun à lui-même ?

Puissent les textes que nous proposent ces derniers dimanches de l’année liturgique nous réveiller, nous mettre en état de vigilance, creuser notre désir, pour être prêts à entrer bientôt dans l’attente avec l’Avent qui approche.



[1] Luc 16,13.

[2] Marc 10, 45

[3] Luc 22,27

Par Bruno LACHNITT - Publié dans : Homélies - Communauté : Praedicatho.com
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Lundi 10 octobre 2011 1 10 /10 /Oct /2011 08:41

Tout d’abord il ne s’agit pas dans ce propos d’être angélique ou rêveur, d'ignorer la part de trafic et de délinquance liée à une partie de la population Roms en provenance d’Europe de l’Est ou l’exploitation qui en est faite par des réseaux qui contribuent à leur arrivée. Pour autant, l’amalgame qui jette l’opprobre sur ce peuple est inacceptable aujourd’hui et contribue par le pourrissement de la situation à augmenter l’exaspération du reste de la population, au risque d’entendre de plus en plus exprimer que « ces gens-là ne sont pas comme nous » et de finir par considérer comme acceptable pour eux des traitements jugés pour nous inhumains et dégradants. Il est intolérable de voir traiter de façon indifférenciée des familles qui ont la volonté de s’intégrer et dont les enfants sont scolarisés et d’autres dont les comportements enfreignent la Loi, et que dans le même temps, l’autorité qui expulse hors des squats ou des bidonvilles des familles avec des enfants les condamnant à l’errance avec le concours des polices municipales, refuse de réunir autour de la table ceux qui pourraient contribuer à des bouts de solutions pour des familles en voie d’intégration.

Confrontés à cette réalité, des chrétiens, des paroisses, prennent leur part de ce problème en accueillant des familles dans un presbytère, sous une église… D’autres sont investis dans les associations qui les soutiennent au quotidien, pour permettre la scolarisation des enfants notamment.

Si l’autorité publique se refuse obstinément à organiser une réunion tout en reconnaissant en coulisses à l’Eglise sa légitimité à soutenir les personnes comme elle le fait, on reste dans des jeux de rôle qui évitent soigneusement tout ce qui pourrait faire avancer un peu les choses de façon raisonnée. Ailleurs pourtant, en Seine St Denis et à Lille notamment,  des expériences ont été tentées qui ont produit des résultats (voir http://www.france-terre-asile.org/toute-lactualite-choisie/item/4516). Car au-delà de la question réglementaire qui n’est certes pas facile, mais que la perspective prochaine de la fin de la période transitoire concernant les citoyens des pays récemment entrés dans l’Union incite à traiter autrement que sous le seul aspect répressif au regard du droit au séjour, il reste qu’un certain nombre sont là depuis assez longtemps et manifestent suffisamment la volonté de s’intégrer pour qu’on leur en donne tant soit peu l’occasion. Car si « la politique est la forme la plus élevée de la charité », il ne faut pas que les actes de charité servent d’alibi ou de paravent à l’absence de volonté politique de traiter correctement les problèmes, mais au contraire qu’ils s’articulent avec l’exigence d’une politique qui soit l’exercice de la charité. C’est à cette condition que les actes posés par des chrétiens ou des paroisses peuvent avoir un sens : s’ils servent de levier pour susciter des solutions là où elles doivent être proposées, pour contribuer à réunir les acteurs concernés afin que l’autorité publique dont on ne peut tout attendre et qui n’a certes pas les moyens de tout résoudre, sache au moins ne pas décourager les initiatives associatives ou privées qui peuvent émerger, puisse même les susciter, les coordonner, les accompagner. L’autorité de l’Eglise pourrait le rappeler à l’autorité politique quand celle-ci lui reconnaît la légitimité de l’exercice de la charité, en lui demandant en retour de lui reconnaître la légitimité de l’application de la Loi. Certes, nul ne saurait contester - et surtout pas l’Eglise -  la légitimité du pouvoir politique dans l’application de la Loi. Pour autant le dialogue ne peut se réduire à entendre « vous faites votre boulot, laissez-moi faire le mien » et il est aussi légitime dans le respect des formes que l’Eglise exprime à partir de sa compétence une certaine exigence quant à la manière d’exercer le pouvoir politique au service de la justice.

Par Bruno LACHNITT - Publié dans : Tribune - Communauté : diacres permanents
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Dimanche 11 septembre 2011 7 11 /09 /Sep /2011 23:00

Nous nous souvenons aujourd’hui de celles et ceux qui sont morts dans les attentats aux Etats-Unis il y a dix ans. Parler du pardon un jour comme celui-là renforce le caractère provoquant des textes de ce jour.

Au premier abord, le texte de l’Ecclésiastique ne dit pas autre chose que le Notre Père : nous serons pardonnés comme nous pardonnons ; pas autre chose que l’Evangile : c’est avec la mesure par laquelle nous mesurons que nous serons mesurés ; pas autre chose que l’évangile de ce jour en Matthieu : si nous ne pardonnons pas, n’espérons pas être pardonnés. Nous le répétons tous les jours, voire plusieurs fois par jour : pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé ! Car, dit le psaume de ce jour, le Seigneur est « lent à la colère et plein d’amour, il sait de quoi nous sommes pétris, il éloigne de nous nos péchés,… »

Souvent nous sommes portés à croire que nos fautes sont minimes, que nous n’avons pas grand-chose à nous faire pardonner, que nous ne faisons rien de grave. Or la première question que ces textes nous invitent à nous poser, honnêtement est la suivante : le mal que m’ont fait celles et ceux auxquels je n’arrive pas à pardonner est-il plus grand que le tort que j’ai fait à Dieu, l’atteinte que j’ai portée à son image en moi ? Ce n’est pas pour autant que nous pourrons pardonner, le pardon ne relève pas de l’injonction. Mais la conscience de l’incongruité de notre incapacité à le faire nous incite à en demander la grâce. Je voudrais alors souligner trois points concernant notre péché, le mal qu’on nous a fait et la miséricorde.

1.                Dans la parabole du riche et de Lazare, il y a fort à parier que nous soyons du mauvais côté de ce fossé infranchissable dont parle Abraham ; de tous ceux qui meurent de faim chaque jour, de ces familles qui tendent la main sur nos trottoirs, de ces enfants qui n’ont accès à rien de ce qui serait normal à leur âge, nous ne pouvons nous considérer simplement innocents, comme si nous n’étions pas quelque part responsables de nos choix, de nos modes de vie, de ce que nous ne faisons pas, tout simplement, pour y changer quelque chose. A côté de combien de détresses passons nous quotidiennement en tournant la tête, l’esprit trop encombré pour y prêter attention ou compassion ? N’avons-nous pas tendance à nous justifier de ce que nous ne faisons pas plutôt qu’à en demander simplement pardon ? Si nous pensons que la dette qui nous est remise est faible, n’est-ce pas que notre conscience est émoussée ?

2.                Pour ce qui est du mal qu’on nous a fait, les blessures reçues sont bien réelles et en nous leur empreinte peut être indélébile. Le pardon n’est pas le déni de l’offense, il ne s’agit pas de faire comme s’il ne s’était rien passé. Ce même Pierre qui cherchait une limite raisonnable au pardon en a fait douloureusement l’expérience quand le Ressuscité lui demande trois fois « m’aimes-tu ? » en écho à son triple reniement. Il porte la marque des clous et une plaie ouverte à son côté. Le pardon ne gomme pas, il va plus loin, il n’arrête pas la relation à ce qui l’a blessée, il donne une chance nouvelle, il ouvre la possibilité de « réparer ». Mais nous sommes aussi appelés à vivre sous le regard de Dieu et de l’autre quand l’irréparable a été commis.

3.                Alors le troisième point, c’est que l’insolite de l’Evangile est précisément l’irruption de la grâce là où l’on ne l’attendait pas : Jacques FESCH, condamné à mort pour meurtre, en est près de nous un exemple étonnant : « La seule façon de me sauver, écrivait-il de sa cellule, c'est peut-être précisément de n'être pas sauvé au sens humain du mot… Je sais maintenant que tout est grâce et que ce n'est pas vers la mort que je vais mais vers la vie. » La veille de sa mort, Jacques reste en prière toute la nuit, se confesse, communie, et est exécuté le 1er octobre 1957, à 5 h 30 du matin, en la fête de Sainte-Thérèse de l'Enfant-Jésus,. Le Cardinal LUSTIGER évoquait sa figure comme celle d’un saint.

Plus près de nous, Michel COOL, rédacteur en chef à La Vie vient de publier un livre intitulé « Conversion au silence » et sous-titré « itinéraire spirituel d’un journaliste » où il raconte avoir été saisi, un matin d’hiver, par une violente et imprévisible crise de larmes : « Ce dont je me souviens, écrit-il, c’est qu’[elles] débarquaient toute une cargaison de souffrances, anciennes et récentes, qui croupissaient au fond de ma cale. J’étais comme dégorgé de toute une lie de mensonges, de trahisons et de peurs dont j’avais été soit le coupable soit la victime… Je réalisais que [ma faiblesse] était (…) le lieu privilégié où se déployait la Miséricorde dont parle l’apôtre Paul ». Le mal que nous avons fait et celui dont nous avons été victimes noyés l’un et l’autre dans un torrent d’Amour, n’est-ce pas une belle définition de la miséricorde ?

Reprenons alors en l’inversant l’oraison de ce dimanche : pour que nous te servions avec un cœur sans partage, accorde nous Seigneur de ressentir l’effet de ton amour, d’éprouver que nous n’avons rien que nous n’ayons reçu, rien que nous ayons mérité, que de tant de dons nous sommes profondément indignes et en premier lieu parce que nous sommes nous même si peu dans le don, si peu dans la grâce. Amen

Par Bruno LACHNITT - Publié dans : Homélies - Communauté : Praedicatho.com
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Dimanche 28 août 2011 7 28 /08 /Août /2011 22:09

Nous pouvons d’abord nous étonner des contradictions apparentes dans le texte de Jérémie. Si la séduction résonne du côté du consentement : « tu m’as séduit, et je me suis laissé séduire », aussitôt après le prophète dit « tu m’as fait subir ta puissance, et tu l’as emporté ». Il est vrai que dans le jeu des relations humaines, la séduction résonne parfois du côté de l’emprise, que la violence n’en est pas toujours loin, que ce peut être trouble en nous ou entre nous. Mais ici ce n’est pas avec l’emprise d’un autre, extérieur à lui, qu’est aux prises le prophète, mais avec « un feu dévorant, au plus profond de [son] être », avec cet Autre plus intime à nous même que nous-même comme l’écrivait Saint Augustin que nous fêtons aujourd'hui. » C’est plutôt le combat spirituel qu’évoque cette violence, pour se dégager de ce qui entrave notre liberté, de ce qui étouffe en nous cette force intérieure qui ne demande qu’à nous saisir. Il s’agit bien comme nous y invite Paul, de « renouveler notre façon de penser », sans nous conformer au monde présent, car il y a peu de chance que l’air du temps ravive les braises de ce feu dévorant. Reconnaître comme écrit Paul « quelle est la volonté de Dieu, ce qui est capable de lui plaire », exige un certain décalage, qui manque à Pierre pour entendre l’annonce de la croix : « cela ne t’arrivera pas ! ». « Passe derrière moi, Satan », c’est le remettre à sa place, celle du disciple, celui qui marche derrière. Il n’a pas su renouveler sa façon de penser face aux conceptions du messie qui prévalaient en son temps. Car c’est une véritable conversion à laquelle nous sommes invités, tant le renouvellement de notre façon de penser auquel nous invite l’évangile met sens dessus-dessous nos repères : les derniers premiers, aimer nos ennemis, les prostituées qui nous précèdent dans le Royaume de Dieu, le Fils unique du Père lavant les pieds de ses disciples et mort en croix comme un esclave. Si nous ne sommes pas choqués comme Pierre, par l’Evangile, c’est peut-être à force de l’envelopper d’une couche religieuse qui nous protège de ce qu’il porte : « je suis venu apporter un feu sur la terre » dit Jésus, et comme il me tarde qu’il soit déjà allumé[1] ! Ce feu serait-il le même que celui que Jérémie s’épuisait à contenir sans y parvenir ?

C’est bien de là qu’il nous faut partir, de ce feu intérieur, si nous voulons comprendre l’exigence posée par le Christ : « Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive. » Nous ne pouvons comprendre cette exigence si nous l’entendons comme venant de l’extérieur de nous-même. C’est un appel à la vie, pas à une résignation doloriste devant les contrariétés de l’existence que nous baptisons trop vite « croix », pour nous donner une raison de les supporter. Le texte fait un lien entre l'invitation à "porter sa croix" et le risque de payer de sa vie le fait de gagner le monde entier. Il est donc question de vie ou de mort, dans la juste place donnée à chaque chose dans les choix que nous faisons. Perdre sa vie au sens physique, est moins grave que d’étouffer en nous la capacité à aimer qui porte promesse d’éternité.

Prendre "sa" croix, non pas celle d'un autre, dans la situation singulière qui est la nôtre, confrontés aux choix qui nous appartiennent. Il s’agit de se mettre à l'écoute de cette voix de Dieu en nous qui, comme le rappelle le Concile Vatican II, n'est autre que notre conscience. Et si nous sommes en référence au Père, quel autre critère de ces choix que le chemin par lequel nous sommes tous frères ? Marcher derrière Jésus, c'est choisir toujours ce qui nous permet le mieux d'être frères. Pas de dolorisme malsain dans cette invitation à prendre notre croix à sa suite, pas de goût particulier pour la souffrance, pas de complaisance avec les forces de mort qui nous habitent. La révélation de l’Evangile est celle d’un Dieu qui nous veut « heureux », comme il le répète dans le sermon sur la montagne. Il n’y a pas de goût pour la souffrance, mais il y a le goût de l’autre. Choisir d’être frère, cela ne nous plait pas toujours, c’est un chemin qui peut être douloureux, qui peut nous mettre en butte à la contradiction, qui peut nous conduire à donner notre vie. Mais combien de choix raisonnables et confortables conduisent à la mort sur le plan spirituel ? Renoncer à soi-même et prendre sa croix est une invitation pour la vie, car nous croyons que c’est bien le consentement de Jésus à la croix qui nous a ouvert à tous le chemin de la Vie.

Dans le secret de notre cœur, un feu couve et cherche à s’amplifier. Aide nous Seigneur à le laisser prendre la place, réduis nos résistance, donne-nous confiance, pour nous laisser conduire par l’Esprit. Amen.



[1] Luc 12, 49

Par Bruno LACHNITT - Publié dans : Homélies - Communauté : Praedicatho.com
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Dimanche 17 juillet 2011 7 17 /07 /Juil /2011 14:38

Arrêtons-nous d’abord sur cette phrase de la première lecture du livre de la Sagesse : « Ta force est à l'origine de ta justice, et ta domination sur toute chose te rend patient envers toute chose ». La toute-puissance de Dieu nous pose souvent problème. La psychanalyse étant passée par là pour dégonfler nos fantasmes, nous avons tendance à traiter Dieu à la même enseigne et à Le faire passer sur le divan : la toute-puissance de Dieu ne serait que la projection de notre propre désir. Mais c’est notre rêve de toute-puissance qui est la projection inversée de notre impuissance. Ainsi le livre de la Sagesse nous dit-il ici que c’est parce qu’il peut tout, que Dieu est patient. C’est aussi parce qu’il peut tout, qu’Il nous laisse libres : notre liberté n’entame pas la sienne, nous ne sommes pas en concurrence, nous ne pouvons faire de l’ombre à la Lumière.

De notre côté, nous avons souvent peur de la liberté de l’autre et nos lois posent d’ailleurs que la nôtre s’arrête là où commence celle d’autrui. Nos libertés sont en continuelle rivalité. Le mot ivraie de l’évangile de ce jour traduit le mot grec « zizania ». C’est bien l’ennemi, le « diabolos », qui sème la discorde. La toute-puissance de Dieu, elle, autorise notre liberté sans en être menacée. Mais notre impatience, écho de notre impuissance voudrait bien que la toute-puissance de Dieu serve nos propres rêves et limite la liberté des autres selon nos desseins.

Or parce-que Dieu est tout-puissant, il consent, avec notre liberté au risque que tout ne soit pas selon sa volonté, au point d’assumer en son Fils l’impuissance la plus totale, livré à notre merci. Et cela nous dépasse ! Car combien de fois nous prenons nous à dire « si je pouvais ! », rêvant de contraindre par la force ceux qui nous font sentir leur puissance et perpétuent l’injustice. La révélation de la toute-puissance de Dieu en Jésus, nous invite à accueillir l’impuissance non comme des frustrés aigris, mais à y consentir joyeusement comme un chemin de liberté. Être tout-puissant à la manière de Dieu, c’est renoncer au rêve d’user d’une force imaginaire pour conformer le monde à sa volonté, mais accueillir la faiblesse même et la vulnérabilité à l’autre comme levier de transformation du monde, à commencer par nous.

La patience et le pardon sont ainsi la manifestation de la toute-puissance quand la vengeance et l’exaspération sont les effets de la peur. En cette période troublée où la peur de l’autre tend à prendre le dessus, où les économies vacillent, les Etats sont fragilisés, les inégalités se creusent, la pauvreté se radicalise, n’aurions pas envie de nous retrousser les manches et d’arracher les mauvaises herbes ? Que peut bien nous dire en ces temps incertains, cette parabole du bon grain et de l’ivraie? A quelle conversion cet évangile nous invite-t-il ? Serait-ce une invitation au laisser faire, au renoncement à agir sur le monde ?

Si le Christ nous révèle l’impuissance consentie comme le chemin de la victoire de l’Amour face au règne de la convoitise, il s’agit de tout sauf d’une impuissance résignée ! L’impuissance résignée c’est le désir d’une toute-puissance imaginaire mêlé au désespoir. Or c’est l’Espérance qui nous est promise : « tu as pénétré tes fils d'une belle espérance» entendions-nous dans la première lecture. Nous devons marier l’espérance avec l’accueil de l’impuissance et de la fragilité, non pas pour renoncer à agir, mais pour agir à la manière de Dieu, pour laisser Dieu agir en nous. La patience se conjugue avec une attente ardente, le pardon n’ignore pas les blessures, la vulnérabilité ne s’écrase pas devant l’oppresseur.

Agir à la manière de Dieu, c’est l’autre parabole qui nous en donne un indice : à côté de la parabole qui annonce le tri ultime, nous avons celle du levain dans la pâte. Là, plus question de séparer à l’arrivée le levain du reste, tout a levé et tout est bon !

Enfin, l’épître aux Romains nous donne une indication : « l'Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. (…) Et Dieu, qui voit le fond des cœurs (…) sait qu'en intervenant pour les fidèles, l'Esprit veut ce que Dieu veut ». Au-delà de notre intelligence, il s’agit bien de remettre entre les mains d’un autre nos impatiences, nos frustrations, nos aigreurs, nos colères et de lui demander de faire de nous un levain pour ce monde. Et si nous profitions de la pause de l’été pour renouer ainsi avec la prière ?

Par Bruno LACHNITT - Publié dans : Homélies - Communauté : Praedicatho.com
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Dimanche 17 juillet 2011 7 17 /07 /Juil /2011 14:32

Le texte que nous venons d’entendre est difficile, il nous demande donc un effort. Mais trop souvent nous calons devant la difficulté au risque de ne pas investir notre intelligence en matière de Foi autant qu’en d’autres domaines. Ce texte est tellement difficile que juste après le passage que nous avons entendu, Jean signale que beaucoup de ses disciples quittèrent Jésus et cessèrent de le suivre. Nous sommes peut-être trop habitués. Pourtant, entendre quelqu’un nous inviter à « manger sa chair » et « boire son sang », ça doit nous choquer : nous ne sommes pas anthropophages !  Pour essayer de comprendre aussi ce qu’on fait quand on va communier, regardons donc ces textes.

Si nous devons retenir une chose de la première lecture, c’est que l’homme ne vit pas seulement de pain : Il t’a fait connaître la pauvreté et sentir la faim pour que tu comprennes que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur. Eprouver la pauvreté et la faim pour mieux écouter la Parole de Dieu c’est ce à quoi nous sommes invités notamment pendant le carême ! Il est en effet essentiel de comprendre, d’éprouver que ce qui nourrit l’homme de plus essentiel, c’est la parole de Dieu, que c’est cette nourriture-là qui nous humanise. Si le pain nous permet de subsister, être homme, c’est beaucoup plus que cela. On peut même parfois abîmer sa propre humanité, et celle des autres pour avoir du pain ou des choses matérielles. Ce qui nourrit ce qu’il y a de plus précieux en nous, c’est cette Parole qui sort de la bouche de Dieu comme dit le livre du Deutéronome que Jésus cite d’ailleurs en réponse au tentateur, quand lui-même connaît la pauvreté et sent la faim : l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu !

Le deuxième point c’est que le prologue de l’évangile de Jean nous dit que Jésus, le Christ, est la Parole de Dieu faite chair. C’est le cœur de notre foi, mais c’est bien difficile à comprendre. Comment un homme peut-il être la Parole de Dieu ? La Parole, c’est autre chose que des sons qui sortent de la bouche, et d’ailleurs, Dieu n’a pas de bouche. La Parole, c’est ce qui engage : quand vous dites : je te donne ma parole, c’est ce que vous avez de mieux que vous mettez dans la balance, c’est tout vous-même. Et quand on dit de quelqu’un qu’il n’a pas de parole, c’est qu’on ne peut pas compter sur lui.

Dieu, on peut compter sur lui, et il engage tout son être dans sa Parole. C’est par sa Parole que nous existons, et dire que Jésus, le Christ, est la Parole de Dieu, c’est dire qu’en lui, Dieu est complètement engagé vis-à-vis de nous, et qu’il nous révèle pleinement quel est le vrai visage de Dieu et à quel point nous pouvons compter sur lui : jusqu’à donner sa vie pour nous.

Alors j’en viens au troisième point : l’eucharistie, le corps et le sang du Seigneur sont inséparables du don de sa vie pour nous : Jésus n’aurait pas pu au cours d’un repas, prendre du pain le rompre et dire « ceci est mon corps », prendre la coupe la donner aux disciples en disant « ceci est mon sang », s’il n’était déjà engagé dans ce don de lui-même jusqu’au bout. Car il dit « ceci est mon corps, livré pour vous », « ceci est mon sang, versé pour vous et pour la multitude… » C’est parce qu’il est livré dans l’amour poussé à l’extrême que son corps devient source de communion et de vie dans ce sacrement que nous n’aurons jamais fini de comprendre.

Jésus nous livre sa chair et son sang, mais nous mangeons pourtant du pain et du vin. Et nous savons que ce que nous mangeons est assimilé par notre corps et devient nous en quelque sorte, et c’est bien ce qu’il advient de ce qu’on appelle les « espèces » du pain et du vin quand nous communions. Et pourtant nous croyons que quand nous communions au corps et au sang du Christ, comme le dit la deuxième lecture de l’épître aux Corinthiens, c’est nous qui devenons corps du Christ, nous devenons ce à quoi nous communions.

Quand nous communions, ayons donc conscience que Dieu s’engage complètement avec nous, que nous pouvons totalement compter sur lui, mais aussi qu’en communiant à son corps et à son sang, lorsqu’on nous présente l’hostie en disant : « le corps du Christ », dans ce « AMEN » que nous répondons qui veut dire, j’adhère, je crois, nous acceptons d’entrer nous aussi par cette communion dans le mouvement de l’amour jusqu’au bout, de renoncer à tout ce qui abîme en nous l’image de Dieu, en nous et en l’autre quel qu’il soit, jusqu’au plus pauvre, au plus étranger, celui ou celle qui nous est le moins familier, parce que lui aussi est à l’image de Dieu, Il nous en a donné sa Parole.

Par Bruno LACHNITT - Publié dans : Homélies - Communauté : Praedicatho.com
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Samedi 30 avril 2011 6 30 /04 /Avr /2011 23:22

Les textes de ce jour nous posent la question de la joie : sommes-nous dans la joie ? Pierre le dit en effet par deux fois : « Vous en tressaillez de joie » puis plus loin « vous tressaillez d'une joie inexprimable qui vous transfigure ». Quant à l’évangile, il nous dit que « les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. » Considérons donc la joie des disciples à la lumière des textes de ce jour. Pourquoi sont-ils dans la joie ? Est-ce parce qu’ils retrouvent un être cher qu’ils croyaient disparu ? Mais en quoi cette joie nous concernerait-elle, nous qui n’avons pas « mangé et bu avec lui », nous qui l’aimons « sans l’avoir vu », qui croyons en lui « sans le voir encore » comme l’écrit Pierre dans l’épître que nous avons entendue en deuxième lecture. Non ! S’il s’agissait seulement de la joie qu’éprouvent en le retrouvant après sa mort ceux qui l’ont côtoyé et connu vivant, cela ne nous concernerait guère. La cause profonde de cette joie, c’est le psaume qui nous la donne : « La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d'angle : c'est là l'œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux. » Et cette œuvre de Dieu cause notre salut : « vous tressaillez d'une joie inexprimable qui vous transfigure, car vous allez obtenir votre salut qui est l'aboutissement de votre foi » écrit Pierre. Et au chapitre suivant il écrit encore : « Approchez-vous du Seigneur : il est la pierre vivante, que les hommes ont éliminée mais que Dieu a choisie (…). Vous aussi, soyez des pierres vivantes… »[1]

La cause de la joie des disciples, comme de ceux à qui écrit l’apôtre, n’est donc pas à chercher ailleurs que dans le fait d’être sauvés. Nous avons probablement tous entendu cette remarque de Nietzsche à la sortie d’une Eglise : « je croirai en leur sauveur quand ils auront des visages de sauvés ». Croyons-nous être sauvés ? De quoi ? Sommes-nous prêts, comme Pierre nous y invite au chapitre 3 de cette même épître, « à nous expliquer devant tous ceux qui nous demandent de rendre compte de l'espérance qui est en nous » ? Cette joie à laquelle nous provoque la liturgie de ce jour, nous renvoie donc à l’exigence de nourrir l’intelligence de notre Foi, à continuer à nous laisser catéchiser, à ne pas vivre sur nos acquis. Ce que nous dit la première lecture des Actes des Apôtres qui lie dans une même définition du « faire Eglise » « écouter l’enseignement des apôtres, vivre en communion fraternelle, rompre le pain et participer aux prières ».

Pourtant, si les disciples sont « remplis de joie en voyant le Seigneur », si le Ressuscité répand sur eux son souffle en leur disant « recevez l’Esprit Saint », huit jours plus tard nous les retrouvons enfermés, les portes verrouillées, dominés par la peur. De quoi relativiser nos propres difficultés et rendre modestes ceux qui vont être confirmés : s’il y a un « avant » et un « après », ce n’est pas magique non plus : l’œuvre de l’Esprit en nous reste dépendante de la place qu’on lui laisse. Il ne s’impose pas. A nous de ne pas laisser la confiance étouffée par la peur.

Jean-Paul II, qui a voulu que ce deuxième dimanche de Pâques soit celui de la miséricorde, a repris au moment de son élection cet appel du Christ : « N’ayez pas peur » et Jésus commence par dire aux disciples « paix à vous » ! Quand on lit cet évangile à Bethléem, à  Damas, au Caire ou à Beyrouth, cela donne « salam lakma ! » Saurons-nous partager cette invitation avec d’autres croyants au-delà des murs de nos Eglises comme les moines de Tibérine,  ou resterons nous verrouillés par peur de l’autre ?

La miséricorde, en hébreu, est un mot qui a une parenté avec les entrailles de la mère, quelque chose de l’ordre de la prophétie d’Isaïe : «Est-ce qu'une femme peut oublier son petit enfant, ne pas chérir le fils de ses entrailles ? Même si elle pouvait l'oublier, moi, je ne t'oublierai pas ». N’est-ce pas là que s’enracine notre confiance, malgré nos doutes, nos manques de Foi, nos errements, dans cette assurance que nous sommes en Lui ? C’est au regard de cet essentiel que toute chose trouve sa juste place, et c’est en étant nous-mêmes à notre juste place que nous serons dans la Joie !



[1] 1 P 2, 4

Par Bruno LACHNITT - Publié dans : Homélies - Communauté : Praedicatho.com
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Dimanche 17 avril 2011 7 17 /04 /Avr /2011 16:11

Nous avons entendu longuement la Parole de Dieu mais l’accumulation ne suffit pas à faire sens. Tant de lectures invitant à la brièveté, essayons rapidement de laisser quelque résonnance à cette Parole.

 Depuis plus de quatre semaines, avec plus ou moins de persévérance, nous préparons nos cœurs à ce chemin qui s’ouvre devant nous en cette semaine sainte. Nous y sommes ! Si un verset peut la résumer dans les lectures d’aujourd’hui, c’est celui de l’évangile que nous avons entendu au début de cette liturgie : « Voici ton roi qui vient vers toi, humble, monté sur une ânesse... » Notre Dieu vient vers nous, en  humble place. En écho à cette phrase, la première lecture du chant du serviteur d’Isaïe : « Le Seigneur Dieu m'a ouvert l'oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé… je sais que je ne serai pas confondu. » Le Serviteur, c’est Celui dont nous entendions il y a trois semaines qu’il se nourrit de faire la volonté du Père, Celui que nous verrons jeudi lors de la célébration de la Cène, les reins ceints, laver les pieds de ses disciples.

Le disciple, c’est précisément celui qui se met à l’écoute. C’est ainsi que commence la règle de Saint Benoit : « Écoute, mon fils, les préceptes du Maître et prête l’oreille de ton cœur ». Obéir vient d’un mot latin qui signifie « prêter l’oreille à quelqu’un ». Le disciple n’est pas plus grand que le maître, et le maître « s'est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu'à mourir, et à mourir sur une croix » nous dit Saint Paul dans l’hymne aux Philippiens que nous entendions en deuxième lecture.

Nous avons de nos jours une difficulté particulière à entendre que le chemin de l’obéissance puisse être un chemin de vie. L’obéissance résonne pour nous comme une aliénation plus qu’un chemin de liberté. Et pourtant…

Nous avons entendu lire ici même il y a quinze jours un chapitre du livre de Job, figure de l’homme innocent, révolté. La lecture d’Isaïe fait écho aux mots de Job au chapitre 19 : « Je sais, moi, que mon rédempteur est vivant, et qu'à la fin (…) de mes yeux de chair, je verrai Dieu. Moi-même, je le verrai, et quand mes yeux le regarderont, il ne se détournera pas.[1] »

Enfin il y a le psaume que nous chantions tout à l’heure, «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? ». Ce cri de chaque humain qui souffre pourrait-être celui de Job, et sera celui de Jésus : nous venons de l’entendre à la lecture de la passion. Au procès que fait Job à Dieu, Dieu répond en prenant en son Fils la place de l’innocent torturé. Le cri de l’homme abandonné par Dieu et celui de Dieu trahi par les hommes ne font plus qu’un et de cette réconciliation jaillit la Vie.

Aujourd’hui nous avons ainsi en quelque sorte le programme de cette semaine à venir, qui constitue le sommet de l’année liturgique. Nous sommes invités à la vivre comme telle, à accueillir Celui qui vient vers nous en humble posture, à reconnaître en Lui la source de toute Vie. Ce rameau béni que nous allons emporter dans notre maison, n’est pas un porte-bonheur mais un signe de notre espérance en la résurrection.

Il n’a de sens que de rappeler ce que nous allons célébrer ensemble dans une semaine, en Eglise : cette grande fête de Pâques en perspective de laquelle toutes les autres fêtes chrétiennes trouvent leur sens, et sans laquelle rien de nos liturgies n’aurait de sens. Alors je nous souhaite une sainte semaine, sans nous laisser distraire de la Parole qui nous sera donnée, et que nous en sortions un peu plus disciples de Celui qui nous révèle dans son abaissement le vrai visage du Père.



[1]  (Job, 19, 25-27)

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  • Bruno LACHNITT
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  • Délégué permanent du Secours Catholique du Rhône du 26/12/2000 au 30/09/2009. Directeur de la Mission Régionale d'Information sur l'Exclusion depuis le 1/10/2009. Diacre du diocèse de Lyon depuis le 23/09/2006. Marié, trois enfants.

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